Compte-rendu de la master class de musique de film avec Jean-Michel Bernard

Posted on avril 27, 2014

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Je dois commencer ce compte-rendu par des excuses. J’avais naïvement promis un journal quotidien de la master class, mais je me suis bientôt retrouvé submergé par la masse de travail et n’ai pas trouvé le temps ni l’énergie de le poursuivre au-delà du 5ème jour. Je vais essayer de vous résumer ici ces 10 jours d’anthologie, pêle-mêle, avec le recul des quelques semaines qui se sont écoulées depuis.

Tout d’abord, je voudrais exprimer ma gratitude au festival d’Aubagne et à ses organisateurs, toujours bienveillants et disponibles autant que compétents. Pas un faux pas ! Bravo donc à Gaëlle Milbeau pour son fantastique travail et à ses « sbires », en particulier Aimée Michaud-Morin, dont la disponibilité n’a d’égale que la bonne humeur. Merci aux autres stagiaires de la master-class pour leur talent et leur état d’esprit impeccable, d’entraide, de soutien et aussi, faut-il le préciser, de franche déconnade.

Merci aux invités exceptionnels qui sont venus nous distiller leur expérience, notamment le fameux Bruno Coulais ainsi que le légendaire Francis Lai. Il y a des moments que l’on oublie pas, et ceux passés en leur compagnie en font définitivement partie. Merci à la bande de mercenaires musiciens qui sont venus avec leur brio, leur extravagance (et parfois leurs excès…) apporter sa dose de folie à ces quelques jours : Charles Papasoff, Jean-Philippe Audin, Claude Salmieri, Philippe Chayeb, Eric Giausserand, Basile Leroux, Marc Chantereau et Laurent Korcia. Et last but not least, merci à Jean-Michel Bernard, le maître d’oeuvre de cet évènement, d’avoir eu l’audace et l’intelligence de réinventer l’exercice de la master-class en l’inscrivant dans la réalité professionnelle d’un projet de musique à l’image, en nous faisant travailler sur des films plus contemporains et en transformant le ciné-concert de la soirée de clôture où notre travail a été interprété en une véritable session d’enregistrement studio en public.

Une pensée particulière pour Jean-Philippe Audin, qui a assisté Jean-Michel pendant la master-class. Il n’est pas à proprement parler compositeur de musique de film mais il a participé à l’enregistrement de nombreuses BO et a repoussé l’art du violoncelle dans ses retranchements les plus sensibles et les plus créatifs. Spontané, émotif, à fleur de peau, inspiré, parfois arbitraire dans son enthousiasme, les échanges informels que nous avons eu avec lui ont souvent fait mouche. La composition de musique est aussi un chemin intérieur ou l’inspiration dialogue avec le doute, la confiance avec la peur de l’illégitimité, les atouts avec les faiblesses et Jean-Philippe a eu l’intuition de dire à plusieurs d’entre nous ce qu’il avait besoin d’entendre pour progresser sur cette voie ténue et fragile de notre rapport intime à l’art musical.

La master-class fut truffée de nombreux moments forts, et il serait trop long d’en dresser la liste. La préparation in-extremis du ciné-concert final fut une de ses apothéoses émotionnelles où l’excitation le dispute au désespoir. Entre déboires techniques et retards divers, l’unique répétition a eu lieu le jour même de l’évènement à 16h00, les musiciens devant se mettre dans les doigts et les oreilles 13 partitions inédites que nous avions composées pour eux. Des scores parfois longs et compliqués, comme celui de la poursuite de « French Connection » de Ghislain et Nicolas, aux riffs en équilibre sur des mesures asymétriques. Une heure avant le début de la soirée, nul n’aurait su dire si les morceaux allaient pouvoir être interprétés correctement. Comble de malchance, l’ordinateur qui devait piloter la session pro tools et la lecture des vidéos a sévèrement buggé, le clic ne répondant plus, ni sur le trackpad, ni sur la souris, ni après redémarrage, ni après vidage de la PRAM, de quoi s’arracher les cheveux !!! Pendant que mon valeureux binôme Benjamin préparait une solution de remplacement avec le calme (apparent), la lucidité et la détermination qui caractérise les grands professionnels dans les moments de crise, le problème a été résolu. Un appareil avait pris le contrôle bluetooth du macbook, rendant l’opération de clic impossible. Ce n’est qu’en le déplaçant dans un autre espace que le problème a été identifié. Les voies du seigneur sont impénétrables !

Concernant l’interprétation du ciné-concert, les musiciens ont marché sur un fil, et troqué pour certains une certaine désinvolture des jours précédents contre une concentration totale, conscients que notre travail acharné d’une semaine était entre leurs mains. Il n’y a pas eu d’accrocs majeurs et tout s’est bien déroulé, presque par miracle j’ai envie de dire, tellement l’exercice était ardu, même pour des musiciens aussi aguerris. Depuis la console de façade où j’assistais la régisseuse dans le mixage, je voyais les morceaux s’enchaîner comme les numéros d’un cirque où les acrobates seraient en permanence en prise de risque maximale, priant pour qu’il n’arrive rien. Mes mains en transpirent encore !

La master-class s’est terminée dans une soirée autant marquée par la joie, la chaleur que l’ivresse et la danse… Jean-Michel nous avait à plusieurs reprises mis en garde contre l’état d’esprit de profit et de coups bas qui peuvent hanter le milieu du cinéma, avatar regrettable d’un show-business décadent où l’argent roi fait tourner les têtes des opportunistes. Je suis convaincu que les stagiaires qui se sont rencontrés lors de la master-class et qui sont appelés à se revoir par la force des choses dessinent une nouvelle génération de compositeurs authentiquement passionnée par son art, consciente de sa précarité économique et de l’impasse de l’individualisme aigri (foncé – private joke) comme modèle de développement professionnel. « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde », enjoignait Gandhi. Cette fois, je crois que nous l’avons exaucé !

 

 

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