Master class de musique de film avec Jean-Michel Bernard, jour 2

Posted on mars 14, 2014

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Ce deuxième jour de master-class a débuté par des considérations techniques dans la préparation de la composition à l’image. Certaines choses étaient plutôt évidentes (travailler en 48kHz, 24 bits) et d’autres choses qui avaient besoin d’être sues ou rappelées. Pour ma part, le plus utile concernait la gestion des tempos et la configuration de la session protools utilisée pour l’enregistrement des musiciens en studio, et qui permet de faire le lien avec le travail de composition effectué à la maison.

La gestion du tempo est capitale dans un film. Pour beaucoup de compositeurs, le choix du tempo précède toute chose dans la mise en musique d’une scène. Une astuce commune consiste à regarder la scène et à trouver son tempo à l’écoute du métronome. J’en ai fait l’expérience sur la scène de « nous irons tous au paradis » dont je parlais hier. Suivant le tempo, la scène « respire » différemment, elle parait plus ou moins longue, elle semble plus ou moins tendue etc…

Une fois le tempo trouvé, un premier guide est présent pour improviser sous l’image. Jean-Michel pratique beaucoup la recherche d’idées par l’improvisation à l’image, ce qu’il explique par la place qu’a le jazz dans sa personnalité musicale. « Chanter la scène », aussi, semble un moyen de lui trouver un déroulement naturel dans le respect du rythme de l’image. C’est toute la difficulté de la musique de film : 2 temporalités doivent s’interpénétrer harmonieusement, celle de l’image et celle de la musique, savoir s’éloigner, se retrouver et jouer des rapports de tension.

Sur un plan plus technique, la préparation de la session d’enregistrement doit être soignée, afin d’éviter de perdre un temps précieux (dans tous les sens du terme) en studio. Cette session Pro Tools doit contenir plusieurs pistes. L’une contient le clic pour les musiciens. L’exigence de synchronisme impose de donner un métronome au casque pour les musiciens, ou à tout le moins pour le chef d’orchestre. Ne pas oublier les décomptes, 2 mesures au début des « cues » et au moins 1 mesure précomptée pour préparer un changement de tempo. Jean-Michel évite la plupart du temps de changer un tempo au cours d’une scène et préfère jouer sur les valeurs rythmiques pour changer la perception métrique. Alexandre Desplat s’arrange de son côté pour que les changements de plan importants soit marqués par le premier temps de la mesure et organise ses départs et tempos en fonction (dixit Jean-Michel).

La seconde piste contient la maquette originale du compositeur pour référence. Enfin, une troisième peut contenir des éléments préenregistrés utiles, éléments électroniques, nappes, sound design, instruments pré-enregistrés…

L’après-midi, Jean-Michel était retenu pour donner une interview à Marseille, et ce fut au tour de Jean-Philippe Audin, son assistant pour l’occasion de nous réunir dehors pour prendre le bâton de parole (et la cigarette plus souvent qu’à son tour…), un peu en mode « cercle des poètes disparus ». Jean-Philippe passait volontiers du coq à l’âne, au gré des pensées et lectures qu’il avait envie de partager avec nous, de manière informelle, suite à quoi les binômes se sont réunis pour se mettre à l’ouvrage.

Ambiance studieuse, partout les mêmes discussions, de celles qui développent une pensée incertaine, fugace. Quelques notes, accords sont posés ici et là, une esthétique se cherche. Des orpailleurs scrutant le précieux minerai dans le flot mental. Pour ma part, l’après-midi fut pleine de tentatives infructueuses, d’essais avortés. Mon idée développée hier sur « Nous irons tous au paradis » (une gigue baroque qui évoluerait vers une valse manouche) ne fonctionnait pas bien. Il m’a suffit de coller un peu de Lully sous les images pour m’apercevoir que c’était une voie sans issue. Peu avant le dîner, l’idée musicale est devenue plus tangible et j’ai passé une bonne partie de la soirée à la développer. Une première maquette que j’ai eu plaisir à faire, à voir et revoir.

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