Sauver des voix en post-production (partie 2 : le diagnostic)

Posted on janvier 9, 2013

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Le_Malade_imaginaire Après le pamphlet inaugural (et je compte sur la sagacité de mes lecteurs pour y distinguer la malice qui s’y dissimule), voyons un peu maintenant quels sont les principaux maux dont peuvent souffrir ces voix enregistrées qui outragent nos oreilles, ainsi que leurs causes probables.

Le bruit de fond

Sous ce terme se tapissent plusieurs phénomènes aux origines diverses.

L’environnement de prise de son

Il est probable que dans des environnements acoustiques non maîtrisés (extérieur, pièce non dédiée…) un bruit de fond se soit glissé dans la prise de son. La quantité présente dans la prise dépendra non seulement de son intensité sonore lors de la prise, mais également du type de microphone employé. Dans une pièce non traitée, un micro dynamique donnera de bien meilleurs résultats qu’un micro à condensateur plus sensible, même si les caractéristiques objectives de ce dernier semblent plaider en sa faveur. En intérieur, les bruits de fond sont le plus souvent produits par les systèmes de ventilation, climatisation, réfrigération etc… Etant bruiteux au sens acoustique du terme, c’est à dire possédant une intensité continue sur tout ou partie du spectre, il est difficile de les retirer sans enlever du signal utile (ce que l’on voulait enregistrer). C’est un peu comme vouloir enlever un bout de scotch collé sur du papier : on risque d’arracher ce qu’il y a en dessous. En extérieur, ce seront le plus souvent des bruits de trafic soit continus (le bourdon urbain), soit ponctuels (passage de véhicules dans un périmètre proche). Pour les seconds, la stratégie de réduction du bruit sera différente par nature. Notez que les oreilles du public sont moins exigeantes sur le bruit de fond extérieur, car les conditions de type « reportage » sont acceptées inconsciemment par lui. En revanche, en studio ou sur des plateaux de télévision, l’exigence est totale.

Le matériel employé et sa mauvaise utilisation

Dans ce domaine, les causes peuvent être multiples et cumulatives. Le pire des cas pouvant être un mauvais micro de type inadapté, dont le niveau d’entrée est mal réglé, qui est mal positionné par rapport à la source, qui est branché dans un préampli bas de gamme (pitié ne branchez jamais un micro sur un reflex numérique ou une caméra bon marché) suivi de convertisseurs analogique/numérique inaptes pour finalement stocker son signal dans un format de fichier destructif (ex : mp3 32kb/s). Ne riez pas, c’est déjà arrivé. La faiblesse de l’électronique peut donc générer un souffle surajouté (qui n’a donc rien à voir avec l’environnement de prise de son) et qui va poser les mêmes problèmes que les bruits de ventilation lors de la « cure ».

Déséquilibre fréquentiel de la voix

L’oreille est très sensible au timbre de la voix. Elle s’est même construite au cours de l’évolution pour être la plus performante possible dans ce domaine, afin d’assurer la survie des individus (« MAMMOUTH SUR LE POINT DE CHARGER À 3H !! »). En conséquence, si seules des oreilles expertes remarquent les différences de timbre subtiles sur des instruments de musique, tout le monde ou presque les identifie sur la voix, même si le vocabulaire pour décrire cette altération est toujours très approximatif ou imagé (« métallique », « grinçant », « nasal », « sourd »…). Les causes là-aussi peuvent être nombreuses, mais la plus courante est un placement fautif du microphone :

  • distance trop importante avec la source (perte d’aigüs)
  • distance trop faible avec la source (effet de proximité dans les graves et sifflantes/chuintantes accentuées dans l’aigü)
  • présence d’obstacle entre le micro et la source (absorption en fonction de la nature et de la taille de l’obstacle)
  • mauvais orientation d’un microphone directif (la réponse hors axe est déséquilibrée, surtout avec les mauvais microphones)
  • présence de parois réfléchissantes à proximité de la source ou du micro (filtrage en peigne comme nous l’avons vu dans l’acoustique du studio)

Dans ces cas-là, la première réponse est souvent un égaliseur (effet de proximité par exemple corrigé avec un filtre passe-haut ; ajout de brillance sur une prise un peu sourde) mais des solutions plus précises sont nécessaires sur les phénomènes ponctuels (sifflantes par exemple), auquel cas, le traitement sera contextuel et un peu plus complexe ) mettre en oeuvre.

Dynamique incontrôlée

Distorsion par écrêtage

Un ingénieur du son qui reçoit des pistes de voix saturées, c’est un peu comme un premier ministre socialiste libéral qui reçoit les derniers chiffres du chômage. Sa marge d’action est faible car il sait que c’est le système lui-même qui a engendré intrinsèquement ces « défauts » de fonctionnement. Ce héros ne peut donc pas agir réellement sans remettre en cause le système qui lui a permis d’arriver au pouvoir. Son gouvernement applique donc ce mélange de paralysie et de maladie de Parkinson que l’on appelle du réformisme. C’est à dire qu’on va tenter successivement quelques pansements législatifs sur un grand brûlé, tout en sachant qu’il n’y a aucun espoir aucun de le sauver. En matière sonore, ces pansements sont les suivants :

  • automatiser le volume au moment de la saturation pour mettre moins fort le passage incriminé (changer le mode de comptabilisation des chômeurs). On percevra un changement de timbre, mais le volume restera sous contrôle.
  • tenter la restauration des pics avec des outils comme Adobe Audition CS6 et cumuler avec la technique précédente. L’efficacité de cette technique dépend de la source.
  • ne rien faire en disant que l’on est très préoccupé par ce problème et que l’on s’en occupe activement (avec un air persuasif de bon père de famille de préférence)

Dynamique erratique

Après cette habile métaphore politique, voyons ce problème de dynamique erratique que l’on trouvera même dans les bonnes prises de son, et qui est inhérent au fait de prendre du son et de chercher à le diffuser par la suite. Je rappelle que la dynamique, dans le cas d’une prise de son, désigne la différence d’intensité entre les sons les plus faibles et les plus forts, mesurée en dB. Nos oreilles sont d’excellents transducteurs (elles transforment l’énergie acoustique en énergie mécanique puis électrique), bien meilleurs que la plupart des dispositifs de reproduction sonore. Je ne rentre pas dans le détail, le sujet est vaste et j’en parle largement dans ma formation sur la compression dynamique. En bref, on aura toujours besoin de réduire la dynamique originelle pour « la faire rentrer » dans la dynamique des systèmes de captation et de diffusion. Pour ce faire, compresseurs et limiteurs, utilisés avec à-propos, seront nos armes favorites.

Déphasage des microphones

Dans le cas d’une prise associant micro cravate et perche, la différence de distance entre les 2 micros par rapport à la source engendrera un  retard temporel de l’ordre de quelques millisecondes, fatal pour le bas médium de la voix (déphasage se traduisant par une annulation de certaines fréquences dont la longueur d’onde est en rapport avec ce décalage temporel). A moins que la prise des 2 micros ait été mixée en direct (cela m’est arrivé récemment), on pourra rétablir une relation de phase entre les signaux au moyen d’un déplacement équivalent sur la ligne temporelle ou par l’introduction d’un délai sur le micro le plus proche de la source (le micro cravate), de manière à le faire coincider avec la perche. Nous verrons dans le prochain billet, avec exemples sonores à la clé, comment se sortir d’un mauvais pas, pour traiter les problèmes listés dans cet article. Et vous,  à quels autres problèmes avez-vous pu être confrontés ? En ai-je oublié ?

Note : si vous êtes tombés sur cet article car vous êtes confrontés à ce genre de  problème avec vos prises et que vous ne vous en sortez pas, contactez-moi pour un devis rapide !

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