Sauver des voix en post-production : un kit de survie (partie 1 : pendre les fautifs)

Posted on janvier 2, 2013

2



pokemon camera

Je ne connais rien ou presque à l’image filmée ou photographiée, autrement qu’en spectateur.

Je ne sais pas me servir d’un reflex numérique ou d’une caméra, et ça ne m’intéresse pas vraiment. Mais je respecte et estime ce savoir-faire chez les autres et les écoute parfois avec délectation parler de cadrage, des nuances chromatiques de la lumière etc, tout en cherchant les points communs avec ma propre pratique sonore, voyant dans les intersections des arts une inépuisable matière à réflexion et progression. Mais qu’on ne me demande pas de faire de photos dans le cadre d’un projet sous prétexte que j’ai une sensibilité artistique quelconque.

  • Je ne sais pas le faire,
  • je ne prétends pas savoir le faire,
  • je ne veux pas le faire.
  • Fin de la discussion.

Hé bien mes chers amis, l’inverse n’est pas vrai !

Pour bien des gens à qui on confie imprudemment une caméra et un micro, le son est un fluide docile et aimable qui se faufile gentiment et sans broncher dans n’importe quel tuyau laissé ouvert pour l’occasion . Ces génies de l’audiovisuel se sentent donc largement capables de le prendre en charge eux-mêmes sans formation particulière ni personnel qualifié. C’est facile, on branche un truc cylindrique sur l’emplacement prévu (des fois ça rentre pas bien, il faut tourner ou pousser un peu plus fort), des barres horizontales se mettent à sautiller sur l’écran… REC et c’est parti ! Quel besoin d’embaucher un charlatan pour faire ça ? Je vous le demande !

En vérité je vous le dis : les gens de l’image sont, pour la vaste majorité d’entre eux, lourdement handicapés.

Ils n’ont pas d’oreilles. Ils ne savent pas faire la différence entre un bon son et un mauvais son, ignorent tout de la prise de son, confondent la musique qui leur plait personnellement avec la musique dont un film a besoin, ne prêtent nullement attention à ce que l’on appelle l’environnement sonore etc… Techniquement, ils ont des organes de perception sonore, mais leurs oreilles sont comme des couteaux émoussés, dont la curiosité s’est fanée après les premiers tintements du hochet de leur enfance, et qui ont cessé de s’émerveiller depuis. Leurs étalons de qualité sonore ? YouTube, mp3, les hauts parleurs de leur Macbook, le casque de leur iPhone. Si la qualité sonore qu’ils entendent ne les choque pas, c’est qu’elle est bonne ! Ils ont le même pouvoir de discernement en la matière sonore que David Pujadas en a en physique quantique (pardon en journalisme). Aucun.

Seuls les rares qui ont eu une véritable formation audio-visuelle (comme c’est le cas à la FEMIS ou Louis Lumière) appréhendent la question sonore, la réfléchissent et savent faire appel aux compétences nécessaires en temps voulu. Ce sont des professionnels. Les autres n’y pensent même pas la plupart du temps, découvrent en post-prod des pistes saturées, pleines de souffle, inintelligibles, laides et inopérantes. A ce moment précis, certains ne se rendent pas encore compte de l’ampleur des dégâts.

Quelque chose plâne dans l’air, une pensée flotte là, toute proche, prête à être saisie par un vif esprit. Soudain, un éclair de conscience illumine ces grands professionnels comme par une nuit de 14 juillet :

« notre son est pourri, on a fait du travail de merde, on va faire appel à un ingénieur du son pour corriger le tir ».

Sauf que ces sublimes intelligences surestiment souvent largement la marge d’amélioration disponible. On ne traite pas un son comme on retouche une image sous photoshop.

Mais, comme toujours dans ce genre d’histoires, d’irréductibles âmes bienveillantes acceptent, à intervalles trop réguliers, de mettre à profit leur savoir-faire sonore pour sauver ce qui peut l’être. Filtrage, diminution du bruit de fond, gate de la reverb , correction de phase, deessing, compression, égalisation… Le chirurgien sonore affûte ses outils et son oreille critique pour redonner un peu de vie à ses sons accidentés. Nous ferons le tour des techniques employées à cet effet dans le prochain post, afin de faire à nouveau de ce blog un outil pédagogique et non un réceptacle à fiel pour professionnel frustré.

Bonne année !

Publicités