Des oreilles meurent sous mes yeux.

Posted on juin 21, 2012

3



Ce soir a lieu un événement qu’on a coutume d’appeler la fête de la musique. Je suis à Paris et elle bat son plein. Je parcours les rues du Marais après une journée de formation pour Ziggourat. Je vois des chorales bon enfant s’échauffer sur la place des Vosges, un contre ténor de rue lancer son bel canto sous les arcades. Je me surpend à sourire parfois de certaines intentions musicales un peu maladroites mais innocentes. Puis je reviens vers Stalingrad où un ami m’offre l’hospitalité durant mon séjour parisien. Ne supportant déjà plus le bruit, j’ai enfoncé mes bouchons dans les oreilles : le trafic, la foule, les freins du métro me sont déjà pénibles.. Arrivé à Stalingrad, mon ossature ressent le crime contre les oreilles qui se joue au bord du canal de l’Ourq. Avec le sentiment du militaire qui arrive en blindé sur un territoire ennemi, j’avance vers le lieu du crime, autour de la rotonde. Une foule en construction sacrifie son audition en toute inconscience au rythme d’une musique post humaine, mixée par un personnage vulgaire et boursouflé. À la console de façade, je vois une figure béante et avide tout à la fois, celle du technicien son. Je vois des gens à la recherche d’une ivresse qu’ils ne trouveront pas, je vois un chaos d’excès qui leur tient lieu de bonheur et je pleure pour les enfants qui protègent leur visage à defaut de leurs oreilles dans le cou de  mères inconscientes, se déhanchant sans grâce, mouvant leur corps sans sensualité.  Je tremble. Je suis triste. Je ne comprends pas ce monde qui sacrifie le peu d’inaltérable qu’il nous reste : la beauté de la musique et la fraîcheur des enfants.  Je rentre écrire ce billet avec le sentiment d’une défaite pour un combat que je n’ai pas mené.

Publicités
Posted in: Ecouter