La synthèse à l’usage du designer sonore (1ère partie)

Posted on mars 27, 2012

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« La synthèse sonore est un ensemble de techniques permettant la génération de signaux sonores. » (Wikipedia)

 

Au fil des rencontres avec d’autres designers, je me suis rendu compte que le rapport à la synthèse était particulièrement hétérogène. J’ai dénombré trois attitudes principales.

  1. Le refus pur et simple : certains designers, par peur, par a priori ou par méconnaissance ne l’utilisent pas du tout. Parmi eux, certains, se faisant le relais des vieilles querelles entre musique concrète française et musique électronique allemande des débuts de l’électro-acoustique,  arguent que les sonorités synthétiques sont trop pauvres et trop connotées quand les sons concrets présenteraient une complexité dynamique et timbrale exclusive.
  2. L’utilisation « en dilettante » de synthétiseurs du commerce (matériels ou logiciels) : ces designers parcourent les présélections afin de choisir la plus adaptée au besoin du moment, en la modifiant légèrement le cas échéant (enveloppe de volume, fréquence de coupure du filtre etc…)
  3. Les utilisateurs confirmés de la synthèse : ils connaissent le potentiel des principales techniques de génération du son et sont capables de les solliciter selon leurs besoins. Ils savent passer rapidement de l’idée du son à sa réalisation sans avoir recours à autre chose qu’un synthétiseur et mettent à profit une méthodologie éprouvée. Certains tutoient même la lutherie électronique et le développement logiciel, en créant des synthétiseurs sur mesure à l’aide d’environnements de programmation dédiés graphiques (Max/MSP, Reaktor, Synthedit…) ou non (Csound, SuperCollider…). Ces derniers sont à même de basculer complètement dans le développement, qui est une activité stimulante mais rapidement chronophage, au détriment de la création sonore.

Si je doute que nous ayons tous vocation à programmer des synthétiseurs, je suis convaincu qu’une utilisation en connaisseur des outils et techniques de la synthèse ouvre une dimension supplémentaire à sa pratique de designer sonore.

J’ai donc l’intention avec ce dossier de rendre accessible la synthèse sonore en privilégiant l’optique design sur celle de la technique (dont je ne suis en outre  pas le plus à même de parler). Les tutoriels consacrés à la synthèse abondent sur le net et je n’ai pas l’intention d’en accroître le nombre. Je souhaite, de la manière la plus pragmatique possible, donner les moyens de passer de l’idée du son au son lui-même par les moyens les plus simples et les plus efficaces.

J’assistai il y a quelques années à un stage passionnant à l’IRCAM précisément intitulé « Design sonore : des mots aux sons » qui m’a beaucoup influencé et qui inspirera ces lignes.

Prérequis théoriques

Afin d’aborder la synthèse, il est nécessaire de maîtriser un certain nombre de concepts en acoustique et en traitement du signal :

  • le spectre sonore et sa décomposition (Fourier & co)
  • avoir des notions d’acoustique des instruments de musique  traditionnels
  • les notions de signal périodique et apériodique
  • comprendre les concepts d’harmoniques, d’inharmoniques, de partiels.

Pour les nouveaux lecteurs de ce blog, je rappelle que l’ouvrage d’acoustique d’Antonio Fischetti est une excellent introduction à ce domaine du savoir.

 

Quels sont les avantages de la synthèse pour le designer sonore ?

  • La synthèse permet de créer des sons inouïs : n’étant pas sujette aux limitations acoustiques du monde physique, la synthèse permet de créer des sons artificiels présentant des caractéristiques fréquentielles, spectrales ou dynamique impossibles dans la nature.
  • La synthèse sonore, étant entièrement paramétrable, est complètement malléable. Elle s’adapte aux besoins du designer sans altération négative du signal. Les caractéristiques du son peuvent être facilement modifiées et évoluer indépendamment les unes des autres.
  • La synthèse peut appuyer des sons réels, les renforcer ou leur adjoindre des caractéristiques, de manière transparente ou non. Ex : extrême grave d’une explosion, couche d’irréalité d’une ambiance fantastique etc…
  • Elle est la plus efficace dans des contextes où l’ information sonore doit émerger d’un environnement bruyant (ex : sirènes et autres alarmes)
  •  La malléabilité de la synthèse fait d’elle une candidate de choix pour la mise en sons d’environnement interactifs. Le jeu vidéo bascule ainsi progressivement d’une logique de déclenchement de sons fixés par enregistrement à une logique procédurale, où l’état du jeu influencent en temps réel la génération du son par synthèse (comme les outils d’Audiogaming que le fondateur Amaury Laburthe a présentés sur ce blog). Méconnaître la synthèse risque de devenir handicapant pour les designers qui voudraient travailler dans les médias interactifs.

Un grand nombre de techniques de synthèse existent et présentent une souplesse différente du point de vue du designer. Au cours de ce dossier, nous nous attarderons sur les plus intuitives (soustractive, table d’ondes, granulaire, modélisation…) et n’évoquerons que plus succinctement les  techniques les moins « dociles » (synthèse FM) ou jugées fastidieuses (synthèse additive). Pour chacune, j’utiliserai des synthétiseurs en exemple et multiplierait autant que nécessaire les extraits audio et vidéo. Au programme du prochain billet : la synthèse soustractive avec le iMS-20, portage du célèbre synthétiseur de Korg sur iPad. D’ici là, révisez vos fondamentaux !

Korg MS-20

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