Post-mortem : design sonore de l’exposition « Léonard de Vinci, la nature de l’invention » à la Cité des Sciences

Posted on mars 23, 2012

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J’ai répondu le mois dernier à un appel d’offre pour le design sonore des dispositifs interactifs de l’exposition « Léonard de Vinci, la nature de l’invention », qui se tiendra dès octobre prochain et pendant plus de 10 mois, à la Cité des Sciences à Paris. Ayant passé la première phase de sélection ainsi que 2 autres « finalistes », j’ai été amené à faire des esquisses et une note d’intention que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui. Ma proposition n’a finalement pas été retenue et ce n’est autre que l’illustre Sacha Gattino, interviewé précédemment sur ce blog, qui a remporté le trophée ! Bravo à lui, je ne doute pas que ce sera réussi et original, comme à son habitude.

L’objectif affiché de l’exposition est avant tout de renouveler les connaissances du grand public sur Léonard de Vinci et de rappeler la spécificité de son génie, au-delà du mythe qui s’est construit dans la culture populaire, et qui réside avant tout dans son esprit et sa méthode, à la croisée de la science, de l’ingénierie,  de l’Art et de l’observation de la Nature.

J’ai choisi de ne pas m’inspirer des références sonores essentiellement historiques telles les sonorités d’instruments d’époque, proposées par Universcience le commanditaire, en prenant un parti plus actuel, à mon sens moins illustratif, ce qui a semble t-il contribué au rejet de ma proposition. Davantage inspiré par la modernité de la pensée de Léonard de Vinci et prenant en compte le fait que le design sonore était destiné à des dispositifs multimédia pour un large public, j’ai pris une orientation à la fois contemporaine et ludique, une abstraction sonore de ce que la lecture des « Carnets » m’avait inspirée.

Voici le point de départ de ma proposition :

« La lecture des carnets excite l’imagination auditive du lecteur contemporain : elle fait revivre un monde « analogique » dans lequel l’émergence du sonore est encore subordonnée au mouvement, intervention humaine ou Nature agissante. La percussion de matériaux ; leurs rapports de masse, de taille, de nature ; la résistance de l’air comprimé dans le tube du canon ; le souffle harmonique du vent sur le biseau d’un roseau ; l’écoulement de l’eau des horloges hydrauliques… Le  monde sonore de Léonard de Vinci est d’une singulière richesse, à la mesure de la variété des domaines qui interrogent son intelligence et sa sensibilité. 

Les parties des carnets consacrées à l’acoustique et à la musique témoigne en outre de son intérêt pour le domaine du sonore ; propagation, résonance, sympathie, écho sont autant de phénomènes qu’il explore à l’écoute des cloches, des vases acoustiques, du luth, des canons voire de la manipulation de ses propres outils.« 

De là, j’ai formulé mes intentions de cette manière :

« Je souhaite que le design sonore de l’exposition propose une interprétation de l’environnement acoustique suggéré par les Carnets. Cette interprétation, loin d’être simplement illustrative, se veut avant tout ludique et inventive. Si elle emprunte aux Carnets une prédilection pour les matières sonores organiques ainsi que l’importance accordée au concept de mouvement, l’écriture des gestes sonores sera en revanche résolument inventive, moderne et colorée. Il s’agit par là d’illustrer de manière transversale la personnalité de Léonard de Vinci : non pas celle d’un austère ingénieur mais celle d’un artiste pour qui l’observation, source inépuisable d’émerveillement, mène au Savoir et à la Beauté.

En outre, je suis convaincu qu’un design sonore « enjoué » facilitera et agrémentera l’expérience des dispositifs multimédias dont la prise en main doit être à la fois intuitive et ludique pour le public familial ciblé.« 

Enfin, ma note d’intention incluait une liste des matériaux sonores employés, ainsi que diverses réflexions concernant l’expérience utilisateur, les variations sonores ainsi que les modalités d’intégration. Sans rentrer trop dans le détail, j’envisageai de décliner les sons possédant une même fonction selon les différents espaces de l’exposition en conservant leur particularité la plus évidente, selon les cas le timbre, le profil dynamique etc…

Voici les sons qui étaient demandés pour la consultation, à titre d’exemples. Pour des raisons de confidentialité, je ne peux pas être plus précis :

  •  Entrechoquement d’un nuage de mots (2 variantes) ; icône auditive type shaker (itération rapprochée et décroissante)
  • Détection et incrustation d’un visiteur sur grand écran (2 variantes) ; profil dynamique de la capture (bruit de lasso, d’aspiration)
  • Feedback de l’appui sur le bouton « début »  initiant l’expérience avec un dispositif (2 variantes) ; attaque douce et timbre léger, accueil rassurant et en douceur de l’utilisateur
  • Feedback sur prise en compte de l’action de validation par l’utilisateur (3 variantes) ; earcon (points communs : timbre harmonique, hauteur de la note et attaque franche)
  • Sonification en temps réel d’un dispositif mécanique permettant le défilement temporel d’une frise historique et biographique multimédia ; son d’écoulement aquatique qui rappelle la clepsydre, horloge à eau utilisée alors pour la mesure du temps.
  • Ouverture d’une fenêtre popup (une courte et une longue) ; icône auditive (bruit de mouvement vif de textile, idée de divulgation à l’image du drap que l’on ôte théâtralement d’une oeuvre de peinture au moment de la montrer)

J’avais fait évaluer un panel d’une trentaine de sons créés auprès de 3 personnes différentes, à l’aide d’un questionnaire. Celui-ci permettait de noter l’adéquation entre les sons et différentes fonctions ergonomiques ou perceptives (sentiment d’ouverture, de mouvement, de validation etc…) à la manière de ce qui se fait à l’IRCAM. J’avais retenu et peaufiné les sons réunissant efficacité et appréciation esthétique, que vous avez pu entendre ci-dessus.

Maintenant que je vous ai livré le fruit de mon travail, vos commentaires, remarques et impressions sont plus que bienvenus ! Si je regrette évidemment que ma proposition n’aie pas été retenue, j’ai en revanche beaucoup appris de cette expérience et espère que j’aurais l’occasion de mettre en oeuvre ma démarche, qui tente d’associer qualité esthétique et exigence ergonomique sur d’autres projets.

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