L’humeur du Sniper : la Hollande, l’autre pays de la soupe.

Posted on mars 6, 2012

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"Allez, on se la remet encore une fois ?"

Excellentes. Excellentes. Trois écoutes successives de chaque et je ne m’en lasse pas. Oui. La musique de Nico et celle de François, nos deux finalistes programmés d’avance. Notez que c’est là où réside la principale différence entre les dictatures et la démocratie française actuelle : on ne désigne à l’avance que deux finalistes au lieu d’un avant que le moindre électeur n’aie rejoint un bureau de vote. C’est toujours mieux que la Russie sauce ex-KGB j’en-reprendrai-bien-une-troisième-pardon_quatrième-fois, non ? Le problème, c’est que ceux qui devraient être en charge de le dénoncer en sont les principaux artisans et complices. J’ai nommé les médias dominants.

Mais gardons la tête froide, parlons musique. Ou ce qu’il en reste. Au moment même où je vous parle, j’essaie de désintoxiquer mes oreilles en écoutant le Magnificat de Bach après ces souillures sonores, ces immondices qui transforment nos oreilles en fontaine à cérumen, j’ai nommé les musiques de campagne.

Oui elles sont excellentes, je persiste et signe. En termes d’identité musicale, de reflet des « valeurs qui nous animent » en fait, on a jamais fait mieux. Ces musiques sont parfaites.

Commençons par François. Déjà, il est amusant de noter que la chanson la plus répétitive qu’il soit humainement concevable d’imaginer aie pour refrain/intro/couplet/pont les paroles « le changement c’est maintenant ! ». Quel aveu ! On  l’a attendu avec impatience tout le long de la chanson ! On l’attendra tout au long d’un quinquennat, soyez-en sûrs ! Il y a une promesse ici. Une promesse cachée qui n’engage pas que ceux qui y croient. Il n’y aura pas de changement. Un peu de social et de démagogie pour ne pas laisser la gauche du vote utile (qui n’est pas – ou plus – comme chacun pourrait bêtement le croire le vote pour ses idées) livrée au Front de Gauche de Mélenchon, ce monstre sanguinaire qui aurait le monopole de l’insulte en politique et qui ne mériterait donc pas que l’on débatte avec lui. D’autant que cet individu ignoble serait bien capable de dire des choses vraies, en phase avec la réalité d’un monde en plein renouvellement idéologique. Qui a vu les Indignés ? Les 99% ? Les Anonymous ? Les révolutions arabes ? Le savoir collaboratif ? Le retournement industriel du Japon post-Fukushima ? Le retour de l’intérêt général sur le particulier après 3 décennies de pouvoir exclusif de l’argent  ? Qui a oublié que le changement, par définition, ne vient jamais de la majorité consentante ? Ni lui, ni eux, ni le PS. Le changement est à l’oeuvre, il a commencé sans toi, il se poursuivra sans toi, ou plutôt malgré toi, François. Tu n’es pas le pont, tu es l’obstacle. Tu n’es pas le porte-parole, tu es la distorsion. Ceux qui voteront pour toi le feront avec la même mollesse qu’ils ont quand ils allument leur télévision chaque midi à 13h, quand ils soutiennent des idées de gauche en soirée, ou quand ils se trémousseront pitoyablement au rythme de ton hymne de campagne.

"Allez et cette fois je chante !"

Intéressons-nous de plus près à ce neuf débris de musique populaire. Passons l’incurie musicale et sonore totale qui a le mérite de pousser un peu plus loin les frontières du néant esthétique, nous révélant soudain, par contraste, à un monde de sublime beauté au chant de la sublime Carna Bruli. Nous sommes en face d’un hymne. Un hymne rassembleur. Or, que fait-on en France quand on veut « rassembler » ? On prend ce que les français sont les plus nombreux à aimer de pire et on l’érige en symbole voire en programme. C’est ce que j’appelle le consensus du caniveau (le flot collectif accumulé et grossissant de notre merde nationale dans lequel Sarkozy, Guéant et Le Pen ne sont pas les derniers à aimer patauger). Ici, le consensus du caniveau a trouvé son paroxysme artistique : un clonage de David Guetta hybridé avec une pop rock française nulle toute en ego et en attitude, par des gens qui n’ont jamais aimé la musique et ne l’aimeront jamais (heureusement pour elle). Puisque nous sommes sur un blog dédié au design sonore, je me dois d’ajouter que le son est un modèle du genre, d’une nullité qui frôle l’acharnement (je soupçonne l’ingé son de sabotage), un cas d’école pour les apprentis sondiers : « aujourd’hui cours sur le mastering ! Voilà ce qu’il ne fait pas faire : écoutons l’hymne de François Hollande ! » [rires gaillards]. C’est le genre de phénomène tellement extrême dans sa forme, que l’on ne sait dire si c’est un complet ratage ou une parfaite réussite.

J’ai cependant une pensée émue pour le pauvre gosse que son père, militant zélé sans doute, a obligé à son corps défendant à prêter sa voix à ce sinistre morceau. Ne lui en veux pas. Tu connais ton père, il ne changera jamais, lui non plus.

Pour que vous sachiez de quoi je parle :

Note : si j’ai encore deux heures de ma vie à perdre avec de telles considérations, je vous proposerai une analyse toute personnelle de la musique « dents de la mer » de Sharkozy. J’aurais peut-être besoin d’encouragements.

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