Compte-rendu du stage GRM Tools v3 avec Julien Le Bayon

Posted on février 11, 2012

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J’assistai le week end dernier à un stage consacré aux GRM tools, animé par Julien Le Bayon (co-développeur des plug-ins conçus par Emmanuel Favreau) et organisé par l’association KM Pantin. Cette dernière organise de temps à autre des stages dont l’intérêt et la qualité sont inversement proportionnels à leur coût (en l’occurence 90€ pour deux jours !), dans une volonté affichée de rester accessible au public étudiant (dont bien peu, y compris nos présidentiables, se soucient, mais c’est une autre question). On peut souhaiter qu’elle continuera à promouvoir la transmission de manière aussi généreuse et de manière plus fréquente, tant les formations orientées vers la création sonore électro-acoustique sont rares, ou alors hors de prix (ceux qui ont déjà voulu auto-financer une formation INA-GRM savent de quoi je parle). Il faut enfin saluer le travail de diffusion de son organisateur Jean-Loup Killian, car il n’y a pas un seul site spécialisé où l’information n’aie circulé.

Je voudrais en profiter pour introduire le dernier ensemble de plug-ins développé au GRM, qui a pour nom « Evolution ». Les GRM tools occupent une place à part dans le paysage pléthorique des plug-ins audio. La grande majorité des plugins audio sont des versions « virtualisées » d’outils de studio destinés à des tâches relevant de l’ingéniérie sonore plus que de la création à proprement parler, même si les utilisations détournées et les effets de bord sont toujours possibles. Les GRM tools en revanche ont, depuis le début, un parti-pris très orienté vers l’expérimentation. Les deux premiers ensembles historiques, respectivement classic et spectral transform, se sont parfois vus reprocher d’ être trop facilement reconnaissables dans les pièces où ils étaient utilisés, exhibant une « couleur » GRM tools difficile à éviter dès que l’on poussait un peu les paramètres. Avec cette nouvelle série de 3 plugins au contraire, le spectre des applications et des sonorités s’avère plus large et moins stéréotypé, sans sacrifier le nombre réduit de paramètres qui fait des GRM Tools des outils avant tout destinés à la manipulation.

Leur principe de fonctionnement étant par nature inhabituel, voyons-les plus en détail.

Evolution

Voici ce que dit la documentation :
« Evolution permet d’obtenir des évolutions harmoniques continues par échantillonnage fréquentiel du signal d’entrée. »

« Le timbre du signal d’entrée est échantillonné à des intervalles plus ou moins réguliers. Le signal de sortie est obtenu par interpolation entre ces timbres échantillonnés. Dans l’exemple suivant, les trois instants d’échantillonnage sont représentés par les couleurs rouge, jaune et verte. Le signal résultant est une trame obtenue par l’interpolation entre le timbre rouge et le timbre jaune, puis entre le timbre jaune et le timbre vert. Ce signal est représenté par le dégradé rouge → jaune → vert. »

Fusion

« Fusion démultiplie un son en jouant sur des retards, des décalages de filtres et des glissements fréquentiels. »

« Le signal d’entrée est représenté par un sonagramme qui défile de la droite vers la gauche. 8 têtes de lecture de taille et d’orientation variables peuvent être placé sur ce sonagramme.
Ces lecteurs captent le signal défilant sous eux, comme des têtes de lecture placées le long d’une bande magnétique ou posées à différents endroits sur un disque vinyle. Ils se comportent comme des filtres passe-bande et combinent des effets de retard, de filtrage, de réinjection et de glissando. »

En fait, le principe de fonctionnement de Fusion remonte à l’époque héroïque du studio d’essai de l’ORTF, qui inventa le Morphophone, un instrument de lecture de bande magnétique avec 12 têtes de lecture indépendantes bénéficiant de filtres passe-bande. (voir la description sur Wikipedia)

Grinder

« Grinder permet de dégrader un son en figeant ses évolutions fréquentielles ou temporelles et en modifiant sa résolution spectrale. Il permet aussi d’intéressants effets de vocoder. »

« Le signal d’entrée est transformé en une somme de composantes sinusoïdales dont on peut contrôler la quantité ainsi que l’évolution en fréquence et en amplitude. En jouant sur
l’évolution des amplitudes on obtient des effets de distorsion, de saturation et de dégradation du signal, surtout pour des petits nombres de composantes. En jouant sur l’évolution des fréquences, on peut obtenir des effets de vocoder. Un lecteur de fichier intégré permet d’utiliser un autre signal comme source de fréquence ou d’amplitude. »

Nous avons eu l’occasion d’expérimenter lors du stage à travers un exercice : faire une séquence de musique d’une minute, en utilisant comme source un seul son de courte durée et les GRM tools. L’exercice a duré un peu plus d’une heure, mes camarades et moi imploront donc votre indulgence !

– Simon Apostolou

– Jules Wysocki

Giuseppe Marzoli

– Moi-même

Je vous invite à télécharger la démo des GRM tools sur cette page pour vous faire une idée par vous-même du potentiel créatif de ces outils.

Je dois vous confier un seul regret au niveau des GRM Tools. Il y a des problèmes de conception, voire des contresens au niveau de l’interface, qui rendent impératif le recours à la documentation (édition et retrait des points sur les courbes par exemple). Par ailleurs, les plug-ins sont bien trop gourmands : impossible de faire tourner Evolution sur mon bon vieux PC portable, qui faisait tourner sans problème Quake 4 en haute résolution il n’y a pas si longtemps. Je ne remets pas en cause le travail d’Emmanuel Favreau, mais on peut légitimement incriminer le manque de moyens mis à sa disposition pour développer des plug-ins qui sont loin d’être gratuits par ailleurs. Ni designer d’interface ni développeur de métier à temps plein ne travaillent sur ces outils, seuls des étudiants stagiaires de passage (aussi compétents soient-ils) ! En l’occurrence, il ne faut pas s’étonner que l’optimisation ne soit pas au rendez-vous, et qu’un seul des GRM tools consomme plus que plusieurs réverbérations à convolution réunies (ce que la spécificité des outils ne suffit pas à expliquer). Enfin, saluons tout de même le travail prodigieux d’Emmanuel Favreau et espérons qu’un jour l’INA lui donnera les moyens de travailler uniquement sur son coeur de métier, le traitement du signal, et laissera la partie développement, portage et design d’interface à des gens dont c’est le métier.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’interview d’Emmanuel Favreau sur USO (en anglais).

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Posted in: Apprendre, Formation