« Anicroches » : des installations sonores au centre culturel Louis Vuitton

Posted on janvier 19, 2012

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De passage à Paris pour la semaine du son, je me suis rendu à l’exposition bizarrement intitulée « Anicroches – Variations, choral et fugue ». Elle prend place au dernier étage de l’immeuble Vuitton des champs-élysées où chacun pourra se rendre gratuitement jusqu’au 19 février. Une exposition incorporant plusieurs installations sonores étant relativement rare, j’ai jugé qu’un petit compte rendu pourraient vous intéresser et pourquoi pas vous inciter à vous y rendre.

Voici ce que dit le dossier de presse (que vous pouvez sauter sans culpabilité) :

« Le visiteur découvre au fil du parcours des oeuvres qui interrogent les domaines de la sculpture, de l’installation tout en les ouvrant à celui de la musique. Questionnant les relations étroites qui lient le corps du musicien à son instrument, les artistes présentent des créations qui ont presque toutes la capacité d’être jouées. »

« Ainsi, Laurent Saksik crée à partir du modèle du thérémine (un des premiers instruments de musique électronique) une structure dans laquelle chacun est invité à faire sonner l’objet sans pour autant entrer en contact avec lui. La proposition plastique de Christina Kubisch interagit elle aussi avec le corps du visiteur et lui offre le soin de composer son propre parcours physique et musical.

Egalement très graphiques, les oeuvres de Thierry Mouillé forment des environnements musicaux. Ses sculptures et dessins construisent un univers riche qui puise ses sources dans de multiples domaines : la musique, la chimie, l’économie, la peinture… La proposition d’Anri Sala convie la présence d’un saxophoniste qui, lors de quelques rendez-vous, vient initier un duo avec l’oeuvre présentée. Des instrumentistes sont invités le temps d’une performance ou d’un concert à venir « activer » ces oeuvres.

L’oeuvre historique et quasi-totémique de Charlotte Moorman, artiste et musicienne américaine qui réalisa de nombreuses performances dans les années soixante avec Nam June Paik rappelle ce lien si ténu entre le corps de l’instrument et celui du musicien. Entre présence et absence de l’interprète, jeu de maîtrise et acceptation de l’aléatoire, ces créations offrent un tempo singulier comme l’oeuvre de Stéphane Vigny constituée de plusieurs dizaines de cymbales dessinant un paysage musical subtilement animé par le déclenchement discret d’une vibration mécanique. Etrange partition donc, que le spectateur découvre au gré de sa visite : un cheminement qui fait alterner musique et silence, geste et contemplation en offrant des instants suspendus qui permettent d’entendre la musique presque inaudible d’un saphir sur le sillon du début d’un disque vinyle dans l’oeuvre de Su-Mei Tse ou de se plonger dans la maquette labyrinthique de Rémy Jacquier en forme d’oreille interne. »

Si comme moi les discours complaisants de l’art contemporain vous ennuient,voici quelques-unes de mes impressions en bref :

  • Laurent Saksik. J’ai dû demander à la médiatrice de l’exposition le mode d’emploi… 2 surfaces de verre mises en vibration par un transducteur sont disposés verticalement. Des capteurs de distance (d’où la référence au Theremin) permettent de déclencher un son et de contrôler plusieurs de ses paramètres, sans que cela soit vraiment lisible. Les sons ne m’ont rien évoqué de particulier et l’interaction m’a amusé 30 secondes.
  • Christina Kubisch, avec ses « magnetic circles », fait passer des ondes magnétiques dans des câbles qui pendent en cercles depuis le plafond. Muni d’un casque, on s’approche de chacun de ces cercles où le casque se met à diffuser des sons à la couleur analogique, dont certains sont assez beaux.
  • L’installation principale de Thierry Mouillé est assez édifiante : un réseau de tubes de cuivres, d’embouchures et de pavillons destinés à être mis en résonance par les visiteurs. Rigolo et esthétiquement réussi.
  • Anri Sala présente un lecteur de 33 tours diffusant un disque d’un saxophoniste free jazz improvisant sur lui-même, que le visiteur est invité à relancer. Dans la pièce attenante, le même saxophoniste est filmé, jouant depuis un immeuble berlinois. Quelques belles images, notamment des gros plans sur le visage du musicien.
  • Stéphane de Vigny a rempli une pièce de cymbales sur pieds, reliées par leur tranche au moyen de scotch. Une vibration mécanique les met en mouvement, créant un bruissement métallique quelconque et une publicité pour un fabricant de cymbales qui n’en demandait pas tant.
  • Su Mei Tse présente des troncs d’arbre coupés sur lesquels tourne une surface de bois, à la manière d’un disque, à différentes vitesses. Les sons diffusés, peu audibles, sont anecdotiques.

Cette exposition m’a, vous l’aurez compris, laissé sur ma faim. Finalement, le « septuor », ensemble de 7 IPads transformés en instruments instinctifs de musique électronique est selon moi l’oeuvre la plus réussie, quoique non signée ! Une prise de contrôle du sonore ludique dans une scénographie circulaire invitant collectivement au jeu, à l’écoute et à l’interaction rendent ce dispositif réellement séduisant.

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Posted in: Installation