Devenir compositeur de musique à l’image en 10 leçons. Leçon 3 : du matériau motivique à la construction thématique

Posted on mai 23, 2011

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Nous continuons cette série de billets consacrés à la composition de musique à l’image en abordant le passage délicat mais ô combien excitant du matériau motivique et des déclinaisons qui en ont été faites à la création du matériau musical : thèmes, motifs d’accompagnements…

Je continue de m’appuyer sur l’ouvrage de Schoenberg « fundamentals of musical composition » dont j’ai dit dans le billet précédent tout le bien que j’en pensais. Cette fois-ci, j’ai décidé de vous fournir des exemples musicaux de mon cru créés pour l’occasion, pour lesquels j’implore votre indulgence de mélomane, leur intérêt étant essentiellement pédagogique.

Voici le motif principal suivi d’une sélection de déclinaisons que j’en ai fait, en suivant les différents procédés évoqués dans le précédent billet. Le ciel est bleu, les oiseaux chantent, je fais une proposition thématique en mode « comédie sentimentale » pour un film qui pourrait s’intituler « Romance à Paris ». Encore une fois, gardez en tête que l’objectif est essentiellement pédagogique :-)

On y trouvera dans l’ordre :

  • le motif principal
  • une variation du motif en miroir (rythme conservé/inversion de l’ordre des notes)
  • 2 variations avec ajout de notes de passage conjointes
  • une variation avec certaines notes omises
  • une variation avec répétition de groupes d’intervalles (A A’ B B’)
  • 2 variations rythmiques, la 2ème exploitant des répétitions de notes
  • Un thème arrangé à la va-vite utilisant une partie de ce matériau (vst powered)

 

Séchez vos larmes et reprenons…

Le rythme plus « unifiant » que la mélodie

Selon Schoenberg, la reprise des caractéristiques rythmiques d’un motif sont plus facilement identifiables que les caractéristiques intervalliques : du point de vue perceptif, on établira une parenté plus prononcée entre 2 variations de motifs à profil mélodique différent mais à rythme commun que l’inverse.

Les enchaînements harmoniques permettent de « passer » du motif à la mélodie

 Il est selon Schoenberg préférable d’éviter de composer une mélodie sans un contexte harmonique prédéfini. L’harmonie permet de transposer le motif, de le faire évoluer, donne le prétexte d’en répéter un court segment afin de l’amener vers un climax etc… La construction harmonique permet de « mettre en mouvement » un matériau motivique en y introduisant des logiques de tension/détente, de questions/réponses (les 2 premières phrases du thème sont écrites sur ce principe).
L’accord qui sous-tend un motif peut également lui donner un éclairage particulier voire contrastant : vers la 10ème mesure de notre magnifique thème (0’17)  par exemple, la minorisation de l’accord de Fa introduit une certaine mélancolie (une possible déception amoureuse ?).

L’importance du contour mélodique

Schoenberg reproduit dans son ouvrage les courbes formées par l’évolution de thèmes du répertoire classique (comme si on avait tracé une ligne entre chaque note de la partition) afin de montrer le contour mélodique procédant par vagues successives et évoluant vers un climax, avant de redescendre vers un état de repos. Ce n’est évidemment pas une généralité, mais la plupart des mélodies qui nous sont familières évoluent selon ce schéma. Dans le thème proposé, la transposition d’une octave (accompagné de l’arrivée des violons) à la reprise du thème donnent un relief de cet ordre (1’02). A partir de la moitié de la reprise, le thème redescend vers un état de stabilité en « évitant » le Fa mineur, avec un ralentissement du rythme harmonique (on passe d’un accord par mesure à un accord toutes les deux mesures). La courbe mélodique quant à elle descend graduellement jusqu’au ralenti de fin.

Le motif et ses variations peuvent générer des motifs d’accompagnement

La déclinaison thématique/mélodique d’un motif constitue souvent la première utilisation du motif mais encore une fois, celui-ci peut irriguer toutes les parties d’une orchestration. ex : la 4ème variation du motif (omission) pourrait servir de base à une partie d’accompagnement au violoncelle ou plus particulièrement à toute autre chose.

Tout est motif !

Il est impossible d’évoquer dans ce billet tout ce qui peut donner lieu à déclinaison et sous quelles formes, mais retenez qu’un motif peut aussi être de nature harmonique (l’enchaînement caractéristiques de 2 accords ou plus). Très utilisé en musique de films, le motif harmonique peut donner lieu à d’innombrables variations mélodiques (procédé remontant à La Folia voire au-delà). La BO d’Alice in Wonderland composée par Danny Elfman ou davantage encore la BO d’Inception par Hans Zimmer en sont d’excellents exemples.

Je me creuse la tête pour savoir quelle teneur aura le prochain billet de la série, il y a tant à dire. J’ai commencé par une étude très formelle, musicologique qui correspond bien à une certaine idée de la musique de film de conception « classique ». Cependant, il n’y a qu’à écouter les BO de Gustavo Santaolalla (Babel, Biutiful…) pour se rendre compte que la dimension « sound design » (minimalisme, travail de timbres et de texture) peut avoir un impact émotionnel tout aussi puissant, selon les cas…

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