Les musiques du film « Mirages » en cours de mixage

Posted on juillet 27, 2010

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C’est une période charnière dans mon activité de compositeur. J’ai fini de créer la musique pour le film « Mirages » de Talal Selhami, un long métrage d’heure et cinquante minutes, un thriller aux accents fantastiques se déroulant en huis clos dans la majesté du désert marocain. 4 mois de travail à temps partiel, 40 minutes de musique créées et retenues (plus en réalité), dans une esthétique onirique et organique. Une musique originale, influencée par le trip hop et l’ambient, mais dans laquelle les quelques instruments acoustiques ont la part belle : oud, saz, guitare, basse; Kaval (joués par moi), tonbak, daf, doira, riq (joués par le percussioniste inspiré  et ami Bijan). Le reste est constitué de programmation (synthés, batterie, instruments virtuels) réalisées dans Ableton Live, mon logiciel de création musicale de prédilection. Les instruments orientaux sont joués à contre-emploi la plupart du temps. Une esthétique « orientalisante » n’était pas le propos du film, ils sont utilisés pour leur sonorité et n’évoque que passagèrement un certain exotisme.
L’assistant réalisateur a pour ami un ingénieur du son qui exerce au sein des studios du « Chantier », à Montreuil. Sébastien, c’est son nom, signe régulièrement des productions pour des grandes maisons de disque, mais ne dédaigne pas de prendre des risques sur des projets plus expérimentaux, comme avec le groupe Quattrophage, pour lequel il a réalisé et mixé des enregistrements, en plus d’assurer la régie son Live. Avant de travailler ensemble pour mixer les musiques du film, je lui ai demandé de me faire parvenir quelques extraits de son travail. Me considérant moi-même capable de mixer mes musiques, je voulais m’assurer que la personne à qui je confierai cette tâche serait plus compétente que moi. En écoutant ses réalisations, j’ai tout de suite su qu’il serait à même de faire un travail plus pointu que je ne l’aurais fait et j’attendais avec impatience le moment où nous travaillerions tous les deux sur les musiques du film. Ce moment est arrivé : nous avons passé 12h ensemble hier sur quelques-unes des pistes musicales du film, et nous nous apprétons à continuer dès cette après-midi.
Ce travail, en plus d’être passionnant, m’a permis de réaliser ce qui fait la différence entre un ingé son « professionnel » à temps plein et le sound designer « informé » que je suis. Je pense que pour beaucoup de ceux qui comme moi, travaille en home studio de manière relativement autonome, un retour d’expérience sera appréciable. Voici les quelques points qui m’ont marqués :
  • le matos : je ne suis pas un passionné du matériel, ayant toujours privilégié une chaine simple et cohérente (bon micro, bon préampli, bons convertisseurs, bonnes enceintes), mais l’environnement d’un studio professionnel laisse tout de même réveur : micro Neumann U87 dans la cabine de prise de son, préamplis haut de gamme partout sur les racks (Avalon, Universal Audio, Chandler, RME…) et toutes sortes de traitements externes apportant dynamique, couleur et personnalité aux prises de son. Il y a aussi plusieurs paires d’enceintes, actives ou passives avec un amplificateur haut de gamme. Là aussi la chaine est cohérente, pour le meilleur, mais pour un investissement financier global propre à faire s’esclaffer mon banquier (- « Bonjour, je voudrais faire un crédit à la consommation de 200 000 € » ; -« Hi hi… »). Mais là n’est pas tout.
  • les écoutes comparatives : Sébastien a une petite boite à portée de sa main gauche (le central station de Presonus) qui lui permet de sélectionner quelles sources doivent être envoyées vers quelles enceintes. Il en tapote presque aussi régulièrement que le clavier de son ordinateur. Ce périphérique de contrôle lui permet de switcher instantanément, au niveau des sources, entre le mix temporaire (en haut de sa session pro tools, il envoie cette piste dans un bus distinct) , le mix en cours, des morceaux du commerce (depuis la sortie optique de son mac pro) et d’autres sources telles que le talkback de la cabine de prise de son… Au niveau des écoutes, il peut choisir d’une pression la paire de moniteurs sur laquelle envoyer le signal source, les grosses mackies descendant à 30 Hz ou les AE, petites enceintes passives possédant une précision dans le haut-médium  hors normes -la partie du spectre la plus critique à mixer car notre oreille y est la plus sensible -. A ces switchs de permutation s’ajoute un unique bouton rotatif, qui permet de régler le volume, indifféremment de la source ou des écoutes. L’équilibre spectral perçu étant différents suivant le volume d’écoute (plus le son est fort, et plus les basses gagnent en importance), varier les volumes d’écoute permet de trouver le meilleur compromis entre balance spectrale et volume d’écoute. Autant le cinéma travaille dans un contexte d’intensité sonore normé (calibrage des cabines de montage, des auditoriums et des salles de projection), autant les écoutes musicales se font avec les volumes et dans les situations les plus variées (chaine hifi, baladeur, auto-radio…). L’accès instantané à différentes situations d’écoute est donc extrêmement précieuse en matière de mixage musique.
  • la coloration et la recherche de grain : pour terminer, je vais vous parler de ce qui m’a le plus marqué : la recherche du grain. Je suis un apprenti ingénieur du son attentionné et méticuleux. Sur les tranches de mes mixages, vous trouverez toujours une égalisation paramétrique 8 bandes et un compresseur que je sais maintenant régler avec précision. Une fois la balance spectrale et l’équilibre global obtenu, je travaille ma gestion de la profondeur et de l’espace en envoyant mes pistes dans des bus où seront ajoutés les différents effets dont j’ai besoin. Voilà en résumé ma manière de travailler. Celle de Sébastien est identique, mais il y a une étape préliminaire en plus qui fait une différence de taille : le travail sur le timbre des sources. Sur quasiment chaque piste, il va rechercher le plug ou le périphérique qui permettra de mettre en valeur le son, de lui ajouter de la présence, de la chaleur, de l’agressivité, du punch. Sa collection de plug-ins semble illimitée (plus de 100 licences pour des plugs ou bundle de plugs) et la connaissance qu’il en a aussi. Il va aller chercher des émulations de préampli, de saturation, de tranche de console haut de gamme virtuelle (comme les SSL de Waves) et d’autres plugs exotiques (comme le softube de Tonelux)qui immanquablement apporte, après quelques réglages, un surplus de caractère qui rendra le mix plus attrayant.
Après avoir appris par coeur, ou peu s’en faut, le livre « Mixing Audio » de Roey Izhaki, car l’ayant utilisé comme support de mes cours à la formation design sonore du CNA-CEFAG, ce petit stage intensif me permet de faire le lien entre connaissance théorique, meilleurs pratiques du mixage, méthodologie, et l’expérience du terrain avec un professionnel chevronné, sur mes propres morceaux. Avec cette expérience, j’espère pouvoir proposer des mix de haut niveau dans mes prochaines productions.
Pour terminer, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager un premier extrait de la musique du film, dont le mixage est en cours :

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