Pédago : choisir le bon micro pour chaque utilisation (1ère partie)

Posted on juillet 9, 2010

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Cette suite de billets représente le prolongement d’un cours sur les micros donné à mes étudiants en design sonore du CNA-CEFAG à Bagnolet. La prise de son reste incontestablement un des grands charmes de notre métier. Celle-ci possède un grand nombre de points communs avec la photographie : de la même manière qu’on ne regarde pas le monde de façon identique lorqu’on est muni d’un appareil photo en bandoulière, l’oreille du designer sonore équipé d’un enregistreur et de quelques micros se dresse et se met à l’écoute de l’environnement avec une acuité en éveil et une curiosité renouvelée.
Même si les banques du commerce sont riches de milliers de sons bien enregistrés, il arrive très souvent que ceux-ci ne satisfassent pas aux exigences et spécificités de notre projet. Plusieurs facteurs interviennent :
  • les introuvables : il arrive parfois simplement que l’on ait besoin de sons qui n’ont jamais été enregistrés, car trop spécifiques. Beaucoup plus fréquemment, c’est une configuration particulière de prise de son qui fait défaut et que l’on voudra reproduire. Imaginez par exemple le son d’un perceuse. Vous le trouverez immanquablement dans les banques de sons. Mais si l’image pour laquelle vous travaillez suggère que la perceuse est entendue 1 étage en dessous de là où elle est utilisée, le son choisi devra faire entendre l’obstruction faite par la cloison ainsi que la conduction solidienne (la part du son qui se déplace dans les milieux solides, comme le son du train dans les rails). Dans ce cas, reproduire ces conditions similaires lors de l’enregistrement sera très profitable (un filtrage fréquentiel fonctionnerait sans doute aussi, mais avec moins de réalisme, et de charme !)
  • la lassitude : les sons issus de banques comme celles proposées par « sound ideas » ont été utilisés dans des milliers de productions à travers le monde, et peuvent donner l’impression de sculpter une matière audio impersonnelle. Une prise de son est toujours une écoute subjective du monde, et la qualité ou l’originalité des prises un motif de fierté pour le professionnel.
  • mauvais focus : comme le zoom du photographe, la distance entre le micro et la source contribue beaucoup à la définition et à l’identité du son enregistré. Dans le travail pour l’image, la notion de point d’écoute (la plupart du temps suggéré par la caméra) est capitale car nous ne percevons pas les sons identiquement selon la distance (pensez à un concert en plein air). Des sons pris à une distance importante peuvent manquer de présence, de définition dans les aigüs. A l’inverse, des prises très rapprochées peuvent rendre les sons méconnaissables, en modifiant drastiquement leur « image-poids ». Michel Chion utilise ce terme pour désigner la représentation visuelle que nous nous faisons de la source d’un son en fonction de ses caractéristiques acoustiques ; on est capable à l’oreille, de tirer des conséquences sur les dimensions, le débit et la violence d’un cours d’eau suivant que l’on nous fait écouter le son d’un ruisseau ou les chutes du Niagara).
Une balle de ping-pong prise « en gros plan » (une « tarte à la crême » de la musique concrête), révèle une partie du son que l’écoute habituelle, naturaliste dissimule. L’association d’un point d’écoute inédit et de l’effet de proximité (amplification artificielle des basses dûe au microphone lors de prises très rapprochées) altère les caractéristiques spectrales du son enregistré. Si on travaille pour l’image, comme le fait un monteur son, on veillera donc à ce que la perspective choisie pendant la prise de son fasse sens avec le cadrage à l’image afin de donner une perception audio-visuelle et spatiale cohérente. Des résultats très intéressants sur le plan créatif peuvent naître de dissonances de perspective entre l’image et le son (son lointain, image proche), voire de changements continus (la caméra s’éloigne tandis que le son se rapproche etc…). Rester au service de la narration et de la mise en scène reste la seule limite que le designer sonore doit s’imposer.

Conclusion :

Un grand nombre de raisons peuvent justifier de passer par la prise de son. Mais la meilleure d’entre elles reste sans conteste ce plaisir artisanal de photographe du sonore, expérience jouissive et toujours surprenante.
Nous aborderons dans les prochains billets de la série des aspects plus techniques. Loin d’un laïus pour acousticiens (ce que je ne suis pas), nous resterons dans la problématique du design sonore en mettant en relation des intentions d’ordre esthétique et les réponse techniques les plus adaptées à leur mise en oeuvre.

Nous aborderons notamment :

  • les ‘implications de la prise de son en extérieur ou en studio
  • les différences entre les microphones dynamiques ou à condensateur
  • comment tester un microphone
  • les conséquences des différentes directivités
  • le choix entre des microphones à membrane large ou étroite ?
Enfin nous apprendrons à lire les caractéristiques techniques d’un microphone afin de pouvoir faire un choix éclairé. Si vous avez une expérience inédite de prise de son, un conseil ou une astuce, faites-là nous partager en commentaire !
PS : Les prochains billets de la série s’appuieront sur les excellents documents mis en ligne par le fabricant de micros (non moins excellents) qu’est DPA.
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