Faire évoluer les stratégies sonores sur le web : pour une direction artistique de l’audio

Posted on juin 19, 2010

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Alors que la création graphique pour le web a atteint un niveau de maturité indiscutable, à la fois dans la traduction visuelle des enjeux ainsi que dans la maîtrise du processus créatif, il est peut-être temps de s’interroger sur la façon dont cette expérience peut bénéficier à la création sonore pour le web.

En effet, si l’expression de « design sonore » jouit d’un relatif écho médiatique, c’est avant tout en raison de ce que l’évocation de ce mot a d’exotique et de séduisant pour ne pas dire « magique » auprès d’un public néophyte. En réalité, le design sonore sur le web reste marginal, ses enjeux souvent incompris, ses réponses parfois inadaptées et ses acteurs pas toujours en mesure d’expliquer et de définir sa valeur ajoutée ou ses limites de manière objective. Tout cela n’est pas sans raison :

  • tout d’abord la culture sonore est dans nos sociétés bien moins développée que l’on aime à le croire. Ce n’est pas parce que l’on vit dans un bain musical et sonore à longueur de temps que l’on possède une oreille avertie et une conscience du sonore affutée. Pas plus que d’être exposé en permanence aux images ne nous permet d’en identifier les tenants et les aboutissants et d’avoir le recul nécessaire à leur analyse.
  • Des profils très divers se réclament du design sonore. Or, de l’industrie automobile au cinéma, de la radio au web, de la sonification d’interface au « music branding », les compétences mises en jeu sont contrastées et pas nécessairement transférables, ce qui peut rendre difficile le choix d’un professionnel adapté à son projet.
  • Ensuite, la pertinence des créations en design sonore est très inégale et l’évaluation de celles-ci auprès du public visé sont rares. L’efficacité du design sonore peut dès lors être aisément mise en doute.
  • Le design sonore ne bénéficie pas de filières d’enseignement dédiées et reconnues, à quelques exceptions prêts. Les acteurs du milieu sont polymorphes et viennent des horizons les plus divers (ingénierie audio, musique concrète, musique « populaire », voire même écoles d’arts ou design graphique),

Une fois ce diagnostic établi, quelles réponses à apporter pour permettre aux annonceurs de prévoir une stratégie sonore interactive fiable, cohérente et maîtrisée ? J’en proposerai ici une :

Confier la responsabilité de la partie sonore des créations interactives à un directeur artistique audio, sur le modèle du directeur artistique « image».


Le directeur artistique audio : Quel est son profil ? Qu’est-ce qui le différencie d’un designer sonore ?

Le directeur artistique audio, lui-même praticien, est doué d’une solide culture du son et de ses disciplines connexes : acoustique, psycho-acoustique, écologie sonore. Il est également riche d’une culture musicale étendue dans laquelle il peut puiser pour définir l’orientation artistique d’un projet. Il possède une vision claire des enjeux, contraintes et techniques du Web qui lui permettent de concevoir et mettre en oeuvre une stratégie sonore dans un contexte interactif. Enfin, il doit être au coeur d’un réseau de professionnels du son et de musiciens à qui il fait appel selon les projets : preneurs de son, mixeurs, designers sonore, compositeurs, comédiens mais aussi développeurs rompus au traitement du signal et aux musiques algorithmiques pour les projets les plus pointus…

Quelle est la nature de sa mission ?

Renforcer son équipe avec un directeur artistique audio, c’est s’adjoindre une interface experte capable de faire et de justifier des choix artistiques relatifs au son et à la musique, de constituer une équipe de créatifs ainsi que de contrôler la mise en oeuvre en évaluant objectivement l’adéquation des créations aux besoins exprimés.
D’aucuns trouveront peut-être cette proposition disproportionnée par rapport à l’attention et les moyens généralement alloués au son dans les projets interactifs, quand la présence d’un unique professionnel du son est déjà perçue comme exceptionnelle. Mais au fil de mes discussions avec les acteurs du web, je réalise que nombre d’entre eux mesurent désormais le pouvoir multiplicateur du son dans le registre de l’expressivité et de l’émotion, son apport majeur à la qualité de l’expérience utilisateur et l’important levier de différenciation qu’il constitue dans un secteur très compétitif. Peut-être le directeur artistique audio représente-t-il le chaînon manquant
qui va permettre au design sonore d’occuper sa juste place dans la création interactive.

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