Bien mixer le bas du spectre, 1ère partie : la phase

Posted on septembre 26, 2012

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Bonjour à tous !  L’été fut long et la rentrée tardive pour le "chant du signe". Pour ce retour, j’ai choisi de vous faire un résumé de l’article proposé par Sound on Sound le mois dernier. Pour ceux qui ne connaissent pas ce magazine, sachez qu’il est considéré comme la référence en matière d’ingénierie sonore, avec beaucoup d’articles ayant trait au mixage. Ce magazine britannique titrait le mois dernier "Mixing Bass". S’ensuivait une master class de Mike Senior, sur une vingtaine de pages. Je me propose d’en résumer ici les grandes lignes. L’objectif de cette série d’articles sera d’expliquer comment obtenir des graves précises, pêchues, possédant une définition telle que les instruments ne se masquent pas les uns les autres dans ce registre mais "travaillent ensemble" à l’équilibre tonal du morceau… et au plaisir de l’écoute.

Mixer les graves

Dans son article, Mike Senior discute principalement des fréquences allant de 20 à 100 Hz, zone dans laquelle les instruments graves (contrebasse, basse, piano, grosse caisse…) ont leurs fréquences fondamentales. Ce registre concentre un certain nombre de problèmes. La question de la phase, notamment, est particulièrement critique. Pour rappel, deux écueils existent en la matière :

  • l’opposition de phase : cas extrême où deux signaux similaires ont une forme d’onde inversée l’un par rapport à l’autre. Le pic de l’un coincide avec le creux de l’autre. Il en résulte une annulation partielle du signal quand ces signaux sont additionnés. On dit aussi qu’ils ont une polarité inversée.
  • le déphasage : cas intermédiaire où deux signaux sont légèrement décalés temporellement, de sorte que leur phase ne coincide pas exactement. Après sommation, il en ressort une annulation de certaines fréquences, qui a pour effet de "vider" le son, de rendre le timbre "creux".

Signaux en phase.

Dans tous les cas, les différences de polarité et de phase sont critiques car elles altèrent le signal à mixer, en le privant d’une partie de son spectre. L’égalisation ne peut pas faire de miracles ici et il faut donc s’assurer, dès le début du mixage, qu’aucun problème de phase ne se présente.

 

 

 

 

 

Hors phase ou inversion de polarité

Décalage de phase

Comment repérer les problèmes de phase ?

Les ingénieurs expérimentés peuvent le détecter à l’oreille, à la manière dont le son est détimbré lorsque les deux signaux sont entendus simultanément. Si vous n’êtes pas sûr de vous, vous pouvez vous en assurer visuellement. Zoomez sur les formes d’onde de signaux similaires jusqu’à pouvoir observer la forme d’onde et vérifiez si elles sont bien alignées l’une par rapport à l’autre. Les transitoires (attaques du son) permettent habituellement plus facilement de détecter tout décalage grâce à leur relief abrupt.

Phase AP1 de la société Audiocation

Si vous observez une inversion de phase, vous pouvez utiliser le bouton d’inversion de phase dans votre séquenceur favori, que vous mettrez sur la piste incriminée. Si vous observez un décalage de phase constant, vous pouvez aligner manuellement les formes d’onde pour les faire coincider. Certains plug-ins nommés "phase rotator", pour la plupart gratuits, permettent de modifier la phase de 0 à 180° (ex : Phase AP1 pour Windows). Ce type de plug-in s’avère utile aussi, selon Mike Senior, en sortie de certains égaliseurs et de certains simulateurs d’ampli, qui ont une tendance, pas toujours compensée par le séquenceur,  à décaler la phase. Vous en aurez notamment besoin dans le cadre de traitements en parallèle d’une même source (re-amping de guitares par exemple)

 

Que vous optiez pour l’une ou l’autre solution, votre oreille doit rester seule juge : placez un des deux signaux en inversion de phase et rapprochez le progressivement de l’état de phase. Quand le timbre vous semble le plus "plein", c’est que vous y êtes !

Un problème de phase peut également intervenir entre les canals gauche et droit d’un même signal, auquel cas seule une écoute en mono vous le fera remarquer. Le cas peut se présenter avec des basses de synthétiseurs, notamment en présence d’oscillateurs désaccordés (qui génèrent précisément un effet de "phaser"). Si vous le pouvez, décaler un des deux canaux, mais si le résultat n’est pas probant, songez à remplacer ce son par une basse mono, qui présentera moins de problème sur des systèmes de diffusion non stéréo ou des systèmes sur lesquelles les basses sont sommées en mono vers un caisson de grave, notamment les boites de nuit ! Donc si votre musique est à destination des clubbers, vous ne pouvez vous permettre de laisser un tel déphasage au risque de compromettre sérieusement l’efficacité de vos créations !

Pour mettre en pratique, je vous invite à faire l’exercice suivant : ouvrez votre séquenceur, placez-y un fichier audio identique sur deux pistes puis amusez-vous à le décaler pour entendre comment le spectre du son est affecté. Ensuite, faites la même expérience avec 2 signaux semblables mais non identiques, comme une source sonore enregistrée par deux micros positionnés différemment l’un par rapport à l’autre. Pouvez-vous observer un décalage ? Il suffit de quelques millisecondes de différence de temps d’arrivée jusqu’au micro pour créer des décalages de phase ! Là ou cela devient compliqué, c’est quand les sources sonores sont multiples et que la "repisse" entre micros est importante ! Enregistrer un groupe acoustique en live, sans gobos (écrans acoustique de séparation) et essayer de le mixer représente le plus grand challenge à cet égard !

Vos retours en commentaire sont les bienvenues. Quelle est votre expérience de la phase et des problèmes qui y sont rattachés ? Dans le prochain article, nous aborderons la question de l’égalisation.

 

 

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Posted in: Apprendre, Mixage